La collection du baron Denys Cochin

Manetn° 18 de la vente
La Serveuse de bocks
1878-1879 · Toile, 77 × 64 cm
Voir dans la collectionAu cabaret de Reichshoffen, la serveuse de face, deux bocks à la main, un homme à la pipe écoutant une chanteuse qu’on devine à gauche ; signé Manet, n° 229 du catalogue de Duret[1]. Le catalogue Rouart et Wildenstein, n° 312, la fait venir d’Auguste Pellerin par Bernheim-Jeune en 1907[2]. Le 21 mai 1917, Félix Fénéon la lui demande en prêt pour une exposition de la galerie[3]. Vollard la cite parmi ce qui est passé chez Denys Cochin[4]. Adjugée 73 000 francs le 26 mars 1919[5]. Il la prête en mai 1910 à l’exposition de la marquise de Ganay aux galeries Georges Petit, n° 117, « Cabaret de Reichshoffen », 78 sur 65[6]. Il aimait la montrer dans son salon et en contait l’histoire : Manet avait remarqué dans un cabaret une fille qui servait avec grâce, elle avait voulu poser avec son amoureux, et c’est lui, au premier plan, qui fume sa pipe ; « dites, si vous voulez, que je suis réactionnaire en tout, mais pas en peinture »[7].
Chez lui : Entré en 1907, de Bernheim-Jeune · Sorti le 26 mars 1919, à la vente de 1919, 73 000 F
Aujourd’hui : Au musée d’Orsay : vendue en 1919 à Bernheim-Jeune, puis au prince Matsukata, elle revient en France à la restitution de sa collection, en 1959[8].
Photographie de Wikimedia Commons, « La Serveuse de bocks (1878-1879) - Edouard Manet (Musée d’Orsay).jpg », domaine public ; la planche de 1919 est le n° 18 du catalogue
Sources (8)
1.Tableaux de Corot, Courbet, David, Degas, Delacroix, Goya, Manet, Puvis de Chavannes composant la collection de M. le baron Denys Cochin, vente Galerie Georges Petit, 26 mars 1919, commissaire-priseur F. Lair-Dubreuil, experts Bernheim-Jeune, Durand-Ruel et A. Vollard (Bibliothèque de l’INHA, collections Jacques Doucet, CV04356, licence ouverte), n° 18, vue 22.
Livre ou article · lu en entier, 6 octobre 2026 · consulter ↗
« La Serveuse de bocks (Au cabaret de Reichshoffen). Vue de face et dominant les autres personnages […] une femme jeune, au visage plein et sensuel […] à droite, deux bocks à bière, au-dessus de son tablier blanc. Au milieu, vu de profil […] un homme rasé, sauf une courte moustache, semble écouter une chanteuse de qui on aperçoit, tout à fait à gauche, sur un semblant d’estrade, la silhouette coupée par le cadre. Signé à droite en bas : E. Manet. Toile. Haut., 77 cent. ; larg., 64 cent. Catalogué et décrit sous le n° 229 dans le Manet de Théodore Duret. »
2.Denis Rouart et Daniel Wildenstein, Édouard Manet, catalogue raisonné, Lausanne et Paris, La Bibliothèque des Arts, 1975, 2 vol. : index et notices 5, 109, 125, 127, 312 (vol. I) et 548 (vol. II), lus dans la bibliothèque numérique du Wildenstein Plattner Institute, vol. I, p. 242, n° 312.
Ouvrage de référence · lu en partie (accès restreint), 6 octobre 2026 · consulter ↗
« La Serveuse de bocks. Appelé par Manet : La Servante de Bocks. T. h. 0,77 ; l. 0,65. 1879. Historique : Fernand Barroil, Marseille, 1879 ; Auguste Pellerin, Paris, c. 1907 ; Bernheim Jeune, Paris, 1907 ; Denys Cochin, Paris, 1919 ; vente Denys Cochin, Georges Petit, Paris, 26 mars 1919, n° 18 ; Bernheim Jeune, Paris ; prince Matsukata, Tokyo ; entré dans le domaine de l’État français en 1959, en application du traité de paix avec le Japon. »
3.Bibliothèque de l’INHA, Autographes 215,28 : Félix Fénéon, lettre au baron Denys Cochin, 21 mai 1917, avec deux factures de Bernheim-Jeune & Fils au nom de Denys Cochin, une lettre de Jos Hessel et le catalogue de la vente de 1919 (notice Calames), notice.
Archives · lu en partie (accès restreint), 6 octobre 2026 · consulter ↗
« Fénéon, Félix. Lettre autographe signée adressé au baron Denys Cochin. Cote : Autographes 215,28. Date : 21 mai 1917. Papier. 5 pièces (4 feuillets, 1 catalogue de vente). Demande à son correspondant de lui prêter pour une exposition son tableau de Manet La Serveuse. Sont jointes : deux factures de Bernheim Jeune & Fils au nom de Denys Cochin pour l’achat de plusieurs tableaux, une lettre du marchand Jos Hessel adressée à Cochin et le catalogue de la vente Denys Cochin (26 mars 1919). Modalités d’entrée dans la collection : Achat, vente publique, Paris, Le Floc’h, 25 septembre 2020, lot 174. »
4.Ambroise Vollard, Souvenirs d’un marchand de tableaux, Paris, Albin Michel, chapitre VIII, « Amateurs et collectionneurs », p. 135 (Gallica, vue 161), p. 135, texte OCR.
Livre ou article · lu en entier, 4 octobre 2026 · consulter ↗
« Quel musée on créerait avec tout ce qui a passé chez lui. Delacroix : Corinne chez les peuples pasteurs; Manet : la Serveuse de bocks, la grande Exécution de Maximilien, aujourd’hui au musée de Mannheim ; Corot : la Vue de Rome et l’Eglise de Vézelay, aujourd’hui au Louvre; Goya : Tête de la Reine; de Manet encore, une Course de taureaux, « la plus belle de toutes celles qu’a faites le peintre », me disait Renoir; de Cézanne : les Joueurs de cartes, aujourd’hui au Louvre (legs Camondo), des Natures mortes, des Paysages; de Gauguin, une des plus expressives toiles de Tahiti; de Van Gogh, un éblouissant paysage de sa dernière manière; de Degas, une Tête de femme qui faisait penser à un Van der Meer; de Corot, j’allais oublier un extraordinaire portrait de femme qui est devenu célèbre après la vente de sa collection, à laquelle M. Denys Cochin se résolut de son vivant. »
5.« Collection Denys Cochin : vente de tableaux modernes faite à la galerie Georges Petit, le 26 mars », La Chronique des arts et de la curiosité, 1919, p. 195-196 (Gallica, vues 23-24), p. 195-196, texte OCR.
Presse · lu en partie (accès restreint), 6 octobre 2026 · consulter ↗
« Collection Denys Cochin. Vente de tableaux modernes faite à la galerie Georges Petit, le 26 mars, par Me Lair-Dubreuil, assisté de MM. Bernheim jeune, Durand-Ruel et Vollard. Corot (J.-B.-C.). — 1. Jeune fille assise dans la campagne : 31.100. — 2. Le Forum vu des jardins Farnèse : 57.000 (adjugé 2.600 francs à la vente Corot en 1875). — 3. Acqua-Acetosa (bords du Tibre dans la campagne de Rome) : 5.600 (adjugé 180 fr. à la vente Corot). — 4. La Chaîne des Apennins et un bois de chênes-liège de la Campagne romaine : 5.000. — 5. Castel Gandolfo : 39.500. — 6. Saint-Lô : 39.000 (adjugé 2.000 fr. à la vente Corot). 7. Courbet (G.). Les Enfants de chœur d’Ornans 26.000. — 8. David (L.). Télémaque et Eucharis : 28.000. — 9. Degas (E.). La Femme au bandeau : 15.500. Delacroix (E.). — 10. Le Tasse dans la maison des fous : 42.000. — 11. Le Christ en croix : 51.100 (adjugé 18.250 fr. à la vente Noël en 1891 et 15.000 fr. à la vente Heugel en 1905). — 12. Cléopâtre et le paysan : 32.000. — 13. Deux chevaux marocains sortant de l’eau : 42.500 (adjugé 16.000 fr. à la vente du marquis du Lau en 1866 ; 14.700 fr. à la vente Edwards, en 1870 ; 25.600 fr. à la vente Faure, en 1873 ; 16.100 fr. à la vente Laurent Richard en 1878, et 30.200 fr. à la vente Mame, en 1904). 14. Goya (L.). Saavedra, ministre de Charles IV : 70.000. Manet (E.). — 15. Course de taureaux : 50.000. — 16. Le Grand Prix, en 1864 : 28.000. — 17. Marine : 30.000. — 18. La Serveuse de bocks au cabaret de Reichshoffen : 73.000. Puvis de Chavannes (P.). — 19. Marseille, colonie phocéenne. Esquisse peinte : 8.100. — 20. Marseille, porte de l’Orient. Esquisse peinte : 11.600. Produit total : 684.500 francs. »
6.Exposition de chefs-d’œuvre de l’École française, vingt peintres du XIXe siècle, organisée par la marquise de Ganay au profit de l’Assistance aux militaires coloniaux et légionnaires, Galeries Georges Petit, 2-31 mai 1910 : catalogue, nos 20, 69 et 117 (exemplaire annoté du Getty, Internet Archive), n° 117.
Livre ou article · lu en entier, 7 octobre 2026 · consulter ↗
« Manet (Éd.), 1833-1883. Cabaret de Reichshoffen. Toile. Haut., 78 cent. ; larg., 65 cent. Collection de M. Denys Cochin. »
7.L’Avenir, 2 avril 1922, p. 3, « Denys Cochin collectionneur », p. 3, texte OCR, d’après Les Potins de Paris.
Presse · lu en entier, 7 octobre 2026 · consulter ↗
« Il aimait montrer à ses visiteurs, dans son salon, le « Cabaret de Reichshoffen », et il en racontait volontiers l’histoire : — Manet, disait-il, avait remarqué, dans un cabaret, une accorte fille qui servait les clients avec grâce. Il lui avait dit : « Viens poser chez moi ! » — « Je veux bien, répondit-elle, mais j’amènerai mon amoureux… » Et c’est pour cela que figure au premier plan ce beau garçon qui fume sa pipe en écoutant les diseuses de chansons. Lorsqu’on m’eut conté cette histoire, je voulus l’objet : le voici ! Je l’aime particulièrement. Dites, si vous voulez, que je suis réactionnaire en tout, mais pas en peinture. Dans sa chambre, il y avait des Manet, des Puvis de Chavannes, des Maurice Denis. »
8.Wikipédia, « La Serveuse de bocks », sections « Historique » et « Localisation ».
Ouvrage de référence · lu en entier, 6 octobre 2026 · consulter ↗
« La Serveuse de bocks est une huile sur toile réalisée par Édouard Manet en 1879 ; elle est conservée au musée d’Orsay à Paris. […] La toile est sans aucun doute passée dans la collection de l’excentrique Denys Cochin, puis vendue en 1919 à la galerie Bernheim jeune qui l’a négociée pour un prix exorbitant au prince Matsukata Kōjirō […] À la restitution des biens de Matsukata en 1959, le tableau revint au musée du Louvre. »